Changement de paradigme

Il ne faut pas parier sa chemise, mais il semble y avoir eu un changement dans la façon dont Hydro-Québec gère les conséquences de sa décision d’ignorer ses infrastructures vieillissantes dans le Haut-Pontiac. 

Pendant des années, lorsque la chaleur extrême, le froid ou une violente tempête plongeait les résidents de Sheenboro, Chichester, L’Isle-aux-Allumettes, Waltham ou Mansfield dans le noir, la société d’hydroélectricité de la province, évaluée à 100 milliards de dollars, était plus ou moins absente du terrain. Les autorités locales avaient du mal à obtenir des réponses rapides quant aux actions de la société pour rétablir le courant. À maintes reprises, la société imputait la panne à la végétation dense de la région empiétant sur les lignes électriques du réseau, ou au fait que ces communautés dépendent en réalité du réseau électrique ontarien. À maintes reprises, lorsqu’on lui demandait ce que la société faisait pour améliorer la fiabilité du réseau, l’élagage des arbres était la réponse donnée. 

Oui, lorsqu’une tempête de verglas, une tempête de vent ou une tempête de pluie frappe, elles sont connues pour briser des arbres. On peut comprendre que la gestion de cette situation soit difficile dans une région comme le Pontiac, où des kilomètres d’anciennes lignes électriques traversent une brousse dense, les rendant moins accessibles qu’une ligne électrique à Gatineau ou à Québec. Mais c’est le Pontiac, et c’est ce que le Pontiac a toujours été. Ces arbres n’ont pas poussé de nulle part.

Tout au long de ces pannes de courant, ce sont les élus et les médias qui ont dû chercher des réponses expliquant pourquoi les résidents d’ici ne recevaient pas le même service de base que ceux d’ailleurs dans la province. Le concept de toute forme de communication proactive semblait hors de question. 

Les conséquences de cette indifférence répétée d’Hydro-Québec se manifestent dans les chiffres. Une récente enquête du journal Le Droit, basé à Gatineau, a utilisé des données recueillies par un professeur de journalisme à Montréal pour mieux comprendre quelles régions du Québec ont été les plus durement touchées par les pannes de courant en 2025. 

Votre meilleure devinette quant à qui a dominé le palmarès ? Bingo. La MRC de Pontiac. Ce comté a connu des pannes d’une moyenne de 32 heures par adresse, le plus élevé de toutes les MRC de la province. Et Sheenboro, la municipalité la plus à l’ouest du comté, mis à part Rapides-des-Joachims, a été la plus touchée, avec des ménages subissant en moyenne près de 89 heures de pannes l’année dernière. Cela en fait la pire municipalité de la province en matière de pannes de courant, selon les conclusions du Droit. Les résidents de L’Isle-aux-Allumettes ont subi en moyenne 68,4 heures de pannes, et Chichester, 51,8 heures. Attrayant, n’est-ce pas ? Cela, combiné au manque de service de téléphonie cellulaire dans ces mêmes communautés du Haut-Pontiac, constitue un argument très convaincant pour qu’une famille ou une entreprise s’installe ici. « Bienvenue dans le Pontiac, foyer d’une vie hors réseau imposée par l’État. » 

Finalement, après des années de cris de la part des résidents et des politiciens locaux, il semble qu’Hydro-Québec modifie sa stratégie et réfléchisse de manière proactive à la manière de prévenir les pannes de courant sur le réseau qu’elle a largement négligé. À la fin de la semaine dernière, les résidents du Haut-Pontiac ont été informés que la société mettrait en œuvre des pannes temporaires et échelonnées. Dans son message aux résidents, la société a reconnu que le service fourni était moins qu’adéquat, mais que cette stratégie était sa meilleure chance d’éviter une panne plus longue et plus étendue pendant le temps froid prévu pour le week-end. Juste un week-end auparavant, plus de 2 000 résidents du Haut-Pontiac ont enduré une partie de la vague de froid du week-end sans électricité après que le réseau, surchargé par la demande accrue, ait cédé. Bien que l’imposition de pannes puisse sembler scandaleuse à première vue, elle est proactive et indique que la société essaie au moins de trouver comment maintenir l’électricité dans les foyers du Pontiac. Et les maires locaux affirment que les communications avec la société s’améliorent également.

Au final, une seule série de pannes forcées a été nécessaire le vendredi matin, et une autre panne temporaire tard le vendredi soir pendant qu’Hydro-Québec travaillait à transférer certains foyers de Waltham et Mansfield au réseau québécois pour soulager la pression. La raison pour laquelle ce changement apparemment simple n’a pas été effectué auparavant n’est pas entièrement claire. Et c’est loin d’être une solution permanente. La demande sur le réseau ne fera qu’augmenter à mesure que les événements météorologiques extrêmes s’intensifieront ici. Les arbres ne vont pas cesser de pousser. Et pour que le Pontiac apporte plus de richesse et d’emplois à cette région, il aura besoin d’un réseau capable de supporter une charge plus importante. 

Hydro-Québec y travaille, avec des plans pour construire une nouvelle sous-station près de Fort Coulonge, reconstruire la sous-station Cadieux à Bryson et moderniser 30 kilomètres de lignes d’alimentation entre les deux. Mais ces changements ne sont pas prévus avant au moins 2030. En attendant, la région a besoin de solutions pour l’instant. Pour le week-end prochain. Pour cet été. Ce changement apparent de stratégie est un bon début, mais ne peut être que le commencement d’un changement d’approche fondamental qui offrira enfin aux résidents de cette région la dignité et le respect d’être connectés à une source d’énergie fiable.

Sophie Kuijper Dickson